L'année 1923 voit renaître l'intérêt des Sablais et de leur municipalité pour l'aviation. Le 19 août lors des fêtes de la plage, des baptêmes de l’air sont organisés toute la journée sur un avion Bréguet au départ de ce qui est toujours officiellement … l'hippodrome de la Lande.
Mlle Daugère fait une démonstration de parachutisme face au remblai devant une foule aussi enthousiaste qu’avant guerre.
Au Journal Officiel du 6 janvier 1924 parait l'annonce de la création le 27 décembre précédent d'un Aéro-club Sablais. Son siège social est établi au Café de la Plage, son président est Jean Perruche de Velna, juge d’instruction aux Sables. Le vice-président en est Louis-Etienne Chapauteau, pilote militaire héros de la guerre.
Le dimanche 17 août 1924 est organisée la première grande fête aérienne d’après guerre et c'est enfin … sur le terrain de La Lande. Le plateau annoncé est de grande qualité. Une douzaine de pilotes participent à la fête, parmi lesquels :
Charles Robin sur le Morane-Saulnier A1 rouge immatriculé F-AEHS,
Henri Pitot sur SECM-Amiot,
Robert sur Caudron bimoteur (vraisemblablement le C.33 « Landaulet » immatriculé F-AEDN) et sur Caudron à ailes repliables (vraisemblablement le C.68 immatriculé F-AEIL)
ainsi que le fameux pilote d’acrobatie Albert Fronval également sur Morane-Saulnier A1.
L’Armée de l’Air est représentée par deux groupes du 31ème régiment d’aviation, et les parachutistes, toujours de la fête, par M. Bauler, Mme Th. Wenger et Mlle Marthe Heuchel. Le succès est à nouveau considérable : la presse évalue la foule à 15 000 personnes et un article paraît même dans la revue « Les Ailes », référence aéronautique nationale de l’époque. La recette frôle les 30 000 francs.
Animée par la Société pour le Développement de l’Aviation (SDA) du pilote Maurice Finat, une nouvelle grande fête aérienne est organisée le 7 août 1927 en présence du général Girod, député et président de la Commission de l’Armée, arrivé la veille en avion sur le terrain de la Lande.
Y participent les pilotes Max Knipping, Raymond Mauler et Jean Van Laere (qui avait participé, sur une avionnette, au meeting de Vauville en 1925), ainsi que l’acteur, acrobate et cascadeur Roland Toutain, lequel se déplaçait debout sur l’aile d’un avion en vol. Encore une grande réussite, la presse évoque une recette de 30 500 francs.
L’année suivante sera marquée par un baptême ! Le 15 septembre 1928, Paul Cassigneul, qui habite Paris mais dont la famille a une résidence sur le remblai, vient faire baptiser son hydravion amphibie sur l’hippodrome de la Lande.
Immatriculé F-AIPY, l’appareil est un Schreck-FBA 17.HMT2, biplace torpedo.
La cérémonie est célébrée par l’archiprêtre Donosa, les parrain et marraine sont Félix Poiraud, maire des Sables, et Mme veuve Cassigneul, mère du propriétaire.
En cette fin d’été 1928 l’hydravion jaune, dûment donc baptisé "Saint-Christophe" fera quelques excursions à partir de la Lande, dont une à Saint Vincent sur Jard pour rendre visite à Monsieur Clémenceau.
Le 14 juillet 1929, c'est un Farman 200 flambant neuf qui se pose sur le champ de la Lande. Arrivant de Paris, le F-AJDO appartient à M. Albert Japy, industriel à Belfort. C'est le premier vrai vol touristique à destination des Sables.
M. Japy reste plusieurs jours aux Sables où il vole de façon quotidienne ; il effectue même un aller et retour à Paris, avec deux passagers.
Voilà qui relance l’intérêt de la municipalité pour un véritable aérodrome dont elle aimerait bien se doter, à l’instar d’autres stations balnéaires renommées comme Biarritz, La Baule ou Deauville.
Un échange de courrier entre la Municipalité et le Ministère de l’Air indique que la ville étant propriétaire du terrain, il suffirait de confier la gestion de cet aérodrome à l’aéro-club local. Toutefois, la règlementation applicable aux aérodromes ouverts à la circulation aérienne publique exclut toute autre utilisation : quid alors de l’hippodrome ?
Sous la pression de la municipalité, la société des courses, qui n’utilise le terrain qu’une à deux fois par an elle cède à l’aéro-club le bail qui la liait à la ville. Premier aérodrome civil créé en Vendée, l’aérodrome de la Lande est enfin officiellement agréé comme "aérodrome privé ouvert à la circulation aérienne publique" le 4 juillet 1934.
On ne tarde pas à célébrer l'évènement puisqu’une fête y est organisée dès le dimanche 15 juillet 1934. Par un temps superbe, y on voit le Blériot de Charles Quatremare, le Morane de Chainbaux, le Morane-Moth 60M (F-AJOG) de l’aéro-club de Cholet, un Morane de l’Armée de l’Air venu spécialment de Rochefort et enfin le Blériot-Spad 92/2 (F-AJHK) piloté par Louis Massotte, à partir duquel l’acrobate André Vassard fait des exercices au trapèze.
Une berline Blériot 111/3 (F-ALND), gros appareil de 420CV qui emmène sept passagers dans une cabine fermée, a aussi fait le déplacement pour offrir des baptêmes de l'air qui, compte tenu du beau temps, seront très nombreux cet après-midi là.
Blériot-Spad 92/2 F-AJHK, Massotte et Vassard (Collection Claude Thomas)
La dynamique est lancée : en août 1934 l’aéro-club compte 107 adhérents. Le Ministère de l’Air lui attribue une subvention de 70 000 francs pour lui permettre de construire un hangar, aussitôt mis en chantier, auxquels le Conseil Général ajoute 2 000 francs.
L’année suivante voit l'effort se poursuivre. Une section « aéromodélisme » comportant trois classes (Modèles volants, maquettes volantes et maquettes fixes) est créée au sein de l'Aéroclub qui change de nom pour devenir l’Aéro-club de la Vendée.
L’ingénieur Guilloux qui avait réalisé l’audit préalable en 1933 revient courant avril par les airs cette fois-ci, aux commandes d'un Potez 43. Il amène M. Duval, directeur du Service des Bases au Ministère de l’Air, lequel se déclare entièrement satisfait de la façon dont a été aménagé l’aérodrome. La fiche de l’aérodrome et son plan apparaissent dans le livraison 1935 de l’aéro-guide Michelin. L’aérodrome y reçoit son nom officiel : « Les Sables d’Olonne – Talmont ».
Aéro-guide Michelin 1935 (Musée de l’Air et de l’Espace Le Bourget)
Le hangar terminé, deux appareils y prennent place : le Potez 600P2 (F-ANOK) appartenant à Philémon Maquaire de La Roche sur Yon, et le Potez 600 (F-AOBG) appartenant à Joseph Papin des Essarts. C'est également en 1935 que l'aérodrome accueille son premier vol international : l'avion est British-Klemm Eagle 2 à moteur Gipsy 130cv (EC-CBB) qui arrive d'Angleterre.
Juan Ignacio Pombo, jeune pilote espagnol qui venait de prendre livraison de son nouvel appareil à l’usine anglaise de Heston, se pose le 3 mai sur l’aérodrome des Sables d'Olonne - Talmont pour ravitailler avant de repartir pour Santander. C'est sur cet appareil que quelques jours plus tard, le 13 Mai, Juan Ignacio Pombo réussira son pari : relier Santander à Mexico après avoir traversé l’Atlantique Sud.
Potez 600 F-ANOK devant le hangar (collection Claude Thomas)
British-Klemm EC-CBB (Réplique) – Musée de Madrid Cuatro Vientos
Nouvelle grande fête aérienne le 26 juillet 1936.
Le clou du spectacle est à nouveau l’acrobatie, avec la participation du champion Jérome Cavalli sur son Gourdou-Lesseure B6 à moteur Hispano de 350 cv spécialement préparé pour lui. Jérome Cavalli, qui rivalise alors en compétition avec Marcel Doret et Michel Détroyat, fit une démonstration éblouissante, qu’il répètera quelques jours plus tard aux Jeux Olympiques de Berlin.
Au programme également, regroupement la veille samedi des appareils inscrits au rallye touristique aérien de la Vendée, concours de précision d’atterrissage, parachutisme, arrivée de la course féminine Le Bourget – Les Sables d’Olonne, remportée par Mme Goutte devant Mlle Nicolas.
Gourdou-Lesseure B6 de Jérome Cavalli
En 1936, l'entreprise « La Sardine Volante » met en place au départ de l’aérodrome des Sables d'Olonne une expédition aérienne quotidienne de sardines fraîches vers Paris. Le bimoteur Farman 430 (F-ANBY) affrété par l'entreprise réalise sa première liaison le 19 mai : la camionnette de la poissonnerie arrive à l’aérodrome vers midi, et les 22 500 sardines débarquent au Bourget à 15h30 !
Cinq rotations hebdomadaires sont prévues, mais les grèves générales de mai et juin 1936 empêcheront la poursuite de l’exploitation.
Farman 430 F-ANBY affrété par « La Sardine Volante »
1936 marque aussi l’arrivée au pouvoir du Front Populaire et avec lui de la mise en place des sections d’Aviation Populaire qui vont profondément modifier le paysage aéronautique français en général, et sablais en particulier.
Créées au sein des aéroclubs, ces sections d’Aviation Populaire avaient comme objectif de former des équipages issus d’une filière "populaire", en sus de la filière traditionnelle, à un moment où la tension internationale croissante appelait à un réarmement. Elle devait amener les jeunes brevetés au concours d’entrée à l’école d’Istres.
L’Aéro-club de la Vendée décide la création d’une telle section et lance en août 1936 un appel aux jeunes gens de 14 à 21 ans à cet effet. L’aérodrome reçoit la visite impromptue au début 1937 de Sadi Lecointe, inspecteur général de l’Aviation Populaire, qui se montre très satisfait. En attendant d’obtenir l’attribution par l’Aviation Populaire d’un avion école, la formation pratique des élèves de la Section débute sur un Caudron C109 (F-ALVC) acheté en mai à cet effet et surnommé « Biquette ».
Caudron C109 F-ALVC « Biquette » de Bazon et Marcaillou (collection Claude Thomas)
Caudron C.275 F-AQGO Section d’Aviation Populaire Les Sables dOlonne. Photo Ouest France
En novembre 1937 l’avion école promis à la Section d’Aviation Populaire arrive enfin : c’est un Caudron C275 « Luciole » sur lequel le premier élève lâché seul à bord sera Roger Alonzo.
De son côté, la section des modèles réduits, désormais appelée «l’escadrille des Mouettes» connaît un très fort engouement et plusieurs maquettes volent tous les dimanches à La Lande. Le 13 juin une compétition est organisée sur l'aérodrome des Sables qui voit la participation de 70 modèles réduits. Les Mouettes remportent la compétition dans la catégorie "planeurs".
La tradition des fêtes aériennes n'a pas disparu et en 1937 elle a lieu le 25 juillet. Plusieurs appareils militaires y sont présentés : Morane 500cv , bombardier de nuit, bombardier embarqué sur le porte-avions « Béarn », ainsi que nombre d’appareils civils. La partie acrobatique est notamment assurée par Mme Lacombe, alias Marthe Boutard de La Combe).
Étape symbolique, cette fin d’année 1937 voit aussi la délivrance du tout premier brevet de pilote (1er degré) en Vendée à Jean Merit, formé par l’Ecole d’Aviation Sablaise.
Ce premier brevet semble avoir donné un signal : début 1938 c'est tout d'abord la Ville des Sables qui, sans même attendre la subvention promise par le ministère, se porte acquéreur de M. Raffin d'une parcelle nécessaire à l'amélioration de la piste N°2.
C'est ensuite la Section d’Aviation Populaire, qui compte maintenant près de 40 élèves dont cinq (Robin, Alonzo, Bertrand, Hardouin et Lepape) sont déjà brevetés, qui voit arriver en juin son second appareil un Salmson D6 T2 « cricri ».
Toujours en juin, tandis qu’André Robin est incorporé comme élève pilote militaire à l’école Hanriot de Bourges, trois nouveaux pilotes obtiennent leur brevet de 1er degré (Blay, Hardyau et Louis). Et trois autres encore an août : Budail, Chenu et Poirond ! A ce rythme là tous les jeunes Sablais seront bientôt pilotes ! A l’automne Jean Hardyau et Edmond Louis ont réalisé les épreuves de navigation requises pour compléter leur formation et ils obtiennent donc leur brevet de 2ème degré, bientôt suivis par Roger Alonzo, Gibert Hardouin et Louis Blay.
A la fin de l’année 1938, alors qu'André Robin a obtenu son brevet de pilote militaire à Bourges et se voit affecté en escadrille, Louis Blay et Edmond Louis, appelés avec leur classe sont affectés au Centre d’Aviation d’Etampes.
La section des modèles réduits « Les Mouettes » n'est pas en reste et prend les deux premières places au concours régional d’Angers en mai. En septembre c'est sur le terrain des Sables d'Olonne que les meilleurs aéromodélistes parisiens sont invités à se mesurer aux représentants de l’ouest.
Et c'est toujours sur le terrain des Sables d'Olonne que les dix avions de l’escadrille 7S1, embarquée sur le porte-avions « Béarn », viennent se poser le 30 juillet, sous le commandement du pacha du Béarn en personne.
Levasseur PL101 de l’escadrille 7S1 embarquée sur le porte-avions « Béarn »
Contraints et forcés par le brouillard, quatre de ces appareils reviennent d'ailleurs se poser aux Sables en février 1939, mais ils s'embourbent alors sur la piste détrempée l'hiver. Cet incident confirme la nécessité de réaliser d'importants travaux pour améliorer l’aérodrome.
Décision est en prise par le Conseil Municipal, qui y alloue un budget de 930 000 francs. De privé, l’aérodrome des Sables d'Olonne devient un aérodrome communal dont l’exploitation est confiée à l’Aéro-club de la Vendée. La ville des Sables pourra ainsi bénéficier de subventions d’État pour son aménagement.
L’école de la Section d’Aviation Populaire fonctionne toujours aussi bien et dix élèves obtiennent leur brevet 1er degré dans le courant de 1939 : Chauché, Boussereau, Trichet, Besson, Jourdaine, Blandineau, Jaunâtre, Rouillard, Bonnaudet et Martineau. Quant à Jean Hardyau, il est désormais pilote militaire de carrière, en cours de perfectionnement à l’école d’Angers.
Le 27 mai 1939 le rallye aérien du Touring Club de France fait escale sur l'Aérodrome des Sables d'Olonne. L’activité vol à moteur étant assurée par la section d'Aviation Populaire, l'Aéro-club de la Vendée, envisage de se diversifier par la création d’une section de vol sans moteur. Un moniteur est trouvé en la personne de M. Jamin de Nantes, de même qu’un planeur de type AVIA XI A. Première sortie prévue le 3 septembre 1939.
Lancé au sandow d'un planeur AVIA XI A (document Les planeurs de l’AVIA par C. Ravel)
Malheureusement la mobilisation générale est décrétée l'avant-veille, et le 3 septembre l'évènement du jour n'est pas celui attendu puisqu'il s'agit de la déclaration de la guerre.