Même sans parler des atterrissages perturbateurs (voir l'épisode précédent), les diverses manifestations organisées sur la plage sont de plus en plus conflictuelles avec la présence - grandissante également - des baigneurs. Par ailleurs, leurs dates et horaires sont dépendantes des marées, ce qui n'est pas idéal. Germe alors progressivement l'idée que les courses de chevaux et les fêtes d’aviation sont deux manifestations qu’il conviendrait d’organiser à l'écart, dans un espace dédié et mieux sécurisé, de préférence pas trop loin de la ville et facile d’accès.
Dès la fin 1912, un terrain est identifié à cet effet sur la commune de Château d’Olonne, que le Conseil Municipal des Sables d’Olonne décide d’acquérir. C’est une métairie, dite « La Lande », d’une surface de 24 hectares environ, située au lieu-dit «La Mouzinière» à 5 km du centre ville. Elle est desservie par une station du tramway. La dépense totale envisagée est de 100 000 F environ comprenant à la fois l’achat et l’aménagement.
L’hippodrome de La Lande puisque c'est ainsi qu'il serait baptisé accueillerait aussi bien les courses de chevaux que les fêtes d’aviation, et il pourrait également être loué au Ministère de la Guerre comme champ de manœuvres. L’affaire est faite dans le courant de l’année 1913, et les travaux d’aménagement entrepris au printemps 1914.
Le terrain d'aviation des Sables d'Olonne est né. Situé donc "au champ de courses Les Landes", il apparaît aussitôt dans l'édition 1914 de l’aéro-guide publié par l’Aéro-club de France. Hélas, il n’y aura pas de courses de chevaux cette année-là, non plus que de fête d’aviation, la guerre en ayant décidé autrement.
Aéro-guide de l’Aéro-club de France 1914 (Musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget)
L’armée française avait très tôt remarqué tout l’intérêt qu'elle pouvait tirer de l’aviation pour observer les mouvements des troupes ennemies. La Marine avait même élaboré un plan de protection des côtes atlantiques, qui prévoyait une « flottille aéronavale » constituée d’escadrilles basées dans chaque arrondissement maritime.
Bien que loin du front, l’hippodrome de La Lande est finalement réquisitionné en 1917, non par la Marine mais par L’Aéronautique militaire pour y installer un terrain d’aviation. Les travaux commencent immédiatement, des surfaces sont empierrées, des hangars de type « Bessoneau » sont édifiés pour abriter les avions, ainsi que d’autre bâtiments pour l’intendance.
Vue aérienne oblique du terrain d'aviation des Sables d'Olonnes - Photo collection Philippe Guillermin
C’est l’escadrille 482, équipée successivement d'avions Caudron, puis d'avions Voisin, qui vient s’installer aux Sables d’Olonne. Elle sera renommée Let482 quand elle recevra des avions Letord. Sa mission est la reconnaissance, et le bombardement d’éventuels sous-marins allemands. L’escadrille 482 semble avoir été identifiée par les lettres L.S. L’insigne figurant sur le fuselage est une mouette transportant une grenade au-dessus d’un sous-marin. L'armistice signé, elle est dissoute en décembre 1918.
L'ensemble des personnels navigants de l'escadrille G 482 des Sables-d'Olonne en 1917 - A l'arrière plan, le parc aérien de l'escadrille G 482 qui comprend trois Caudron G 4 et huit Voisin 8 portant tous l'insigne de l'unité.
De droite à gauche : Sgt Germain Hubert (pilote) - XXX Talarmin (observateur ou mitrailleur) et les deux mécaniciens Paul Bert et Maurice Brié en charge de l'entretien de ce Voisin 8 portant l'insigne de l'escadrille et le nom de baptème "Yetty", la fiancée du Sgt Germain Hubert sur le terrain des Sables-d'Olonne en 1918
Départ en patrouille d'un Voisin 8 doté d'un canon de 37 mm codé "VII" et "V" de l'escadrille 482 des Sables d'Olonne en 1918
Voisin 8 de l'escadrille 482 posé en catastrophe sur une plage et recouvert par la mer qui monte en 1917 - Les deux mécaniciens, montés sur l'aile supérieure, tentent de sauver des équipements avant qu'ils ne soient touchés par l'eau de mer
Le Voisin 8 n° V 1920 a terminé son atterrissage quand le train avant a été fauché après avoir heurté des rochers qui affleuraient.
Voisin 8 codé "5" de l'escadrille LET 482 - L'avion a été baptisé "L'increvable" - Il porte en outre un marquage composé du nom de l'escadrille V 482 associé aux 4 as d'un jeu de cartes.
Le Voisin 8 canon, codé "6" n° V 2191 avec son escargot sur le dos, après un atterrissage raté sur une plage - Atterrir sur une plage n'est pas une chose aisée en raison de la densité du sable qui varie d'un endroit à un autre.
Ce Voisin 8 de l'escadrille 482 s'est retourné en touchant l'eau sur une plage alors qu'il venait de tomber en panne d'essence en 1917 - Les deux membres d'équipage ont été légèrement blessés.
La fin de la guerre n'entraîne pas pour autant la restitution immédiate du terrain à la ville. Un contentieux financier oppose en effet l’Armée et la Municipalité quant aux dommages causés à l’hippodrome par l’occupation militaire. En attendant un accord qui ne sera trouvé qu’en novembre 1920, les courses de chevaux reprennent sur la plage, tandis que l’armée continue à utiliser épisodiquement la plateforme : on voit par exemple le 14 octobre 1919 se poser sur le terrain de la Lande un aéroplane « à grande vitesse » venu y faire des exercices.
L’hippodrome de La Lande ne sera finalement remis en état qu'en 1921, et il ne verra - enfin - sa toute première course de chevaux qu'en août de cette année-là.